Journal de Saône-et-Loire – Chalon 2018

20 Juillet 2018

Boit-sans-soif incontinent, loser inconsolable depuis la perte de La Chôse, Joblard traîne sa flemme et sa mélancolie dans les rades à tapins.
Verbe haut et fleuri, Jean-Marc Royon convoque Malet, Audiard et Melville, et nous embarque dans une histoire où Joblard est loin d’avoir le beau rôle.

« J’étais qu’un pauvre abruti, un petit philosophe de comptoir, une grande gueule et une petite bite ». Et voilà Joblard, Etienne Joblard qui commence à se raconter.

Il n’a pas toujours été ce pilier de bar, perfusé au jaune du soir au matin et du matin au soir, tellement rond qu’il pourrait en oublier jusqu’à son nom. Joblard a été amoureux de La Chôse, elle s’appelait Hélène, une apprentie comédienne, serveuse pour vivre, rencontrée au Bijoux, un bar à tapin tout près du Théâtre Mogador où il exerçait encore comme machiniste cintrier. Mais La Chôse l’a quitté et Joblard s’est enfoncé avec pour seul compagnon Grand-Max, le blanc, Lulu le bistrotier du Djebel et son spleen.

N’imaginez pas que ce spectacle déroule uniquement des journées et des soirées de bitures. Jean-Marc Royon est un conteur magnifique, un dialoguiste d’un autre temps à la sauce Audiard, le verbe fleuri et haut perché, le sourire au coin des lèvres. Son seul en scène est une performance d’acteur et d’auteur puisque le texte est tiré de son premier roman, un polar noir autour de Joblard, antihéros au grand coeur et à la mine défaite quand ce ne sont pas les tripes…

On passe du film noir au grand-guignol et à de tendres scènes, car Joblard est un tendre, un amoureux inconsolable…

M. Souissi

« Ame sensible s’abstenir de rire »

Info Chalon

20 Juillet 2018

CHALON DANS LA RUE 2018 – Et dans la cour de l’école primaire de l’Est, tout à coup, surgit un poivrot céleste…

C’est l’une des très agréables surprises de ce festival et info-chalon.com se devait de vous la recommander. Alors, tenez-vous le pour dit : « Joblard », de Jean-Marc Royon est à consommer sans modération !

C’est une chose dont on ne se gargarise guère, on tendrait même plutôt à le taire, la France est aussi connue pour être la championne du monde en matière d’alcoolisme, chronique, ordinaire, mondain. Néanmoins, si elle n’a que l’embarras du choix en matière de « philosophes de comptoir » et autres épaves, peu d’entre eux sortent du lot. Quand on a vu un poivrot, on les a presque tous vus. Il en est un, toutefois, qui gagne à être connu. Cet ivrogne de compétition, c’est Joblard.

Joblard, ce quasi clodo est, comme dans un roman de Jack Kerouac, « céleste ». Une sorte de Charles Bukowski ou de Michel Audiard, qui raconterait des histoires qu’on dirait sorties d’un roman d’Albert Simonin, avec des intrigues dignes de Léo Mallet, dans un Paris dessiné par Jacques Tardi.

Drôle, touchant, scato, lyrique, caustique, son parlage, qui fait honneur au génie de la langue française, est un régal pour les oreilles. Info-chalon.com aurait aimé qu’il ne s’arrête jamais de narrer sa vie de « loquedu », de « miteux », de magnifique perdant. Info-chalon.com aurait même aimé acheter le roman de Jean-Marc Royon qui a servi à bâtir le spectacle de ouf qu’il a vu dans la cour de l’école primaire de l’Est, « Joblard, t’es le meilleur ! ». Malheureusement, il n’a d’autre choix que de garder précieusement dans sa mémoire le moment de sa vie où, abasourdi, il a eu l’immense privilège d’entendre et voir Joblard sur scène. Et ne peut qu’inciter les festivaliers de Chalon dans la rue à profiter de la chance qu’ils ont d’assister à un tel spectacle.

Samuel Bon

« Une sorte de Charles Bukowski ou de Michel Audiard, qui raconterait des histoires qu’on dirait sorties d’un roman d’Albert Simonin, avec des intrigues dignes de Léo Mallet, dans un Paris dessiné par Jacques Tardi. »

 

Théâtre(s)

Automne 2017

Etienne Joblard, c’est le genre d’individu qui croit encore pouvoir trouver les Pages jaunes du bottin dans les vieux bistrots, à l’ère du tout numérique. En somme, à persister dans ses illusions, fussent-elles insensées. Comme celle de se mettre en quête de La Chôse, son amour perdu, dans les ruelles de Paris une nuit durant. Or son ex, c’est du style à poser pour des photos de charme en espérant décrocher un rôle dans un grand film « pour percer dans le showbiz… comme un furoncle ». Entre méandres du métro Colonel Fabien, garde à vue et mafieux russes, cette course poursuite dans l’Est parisien s’achève en apothéose dans l’antre du « rock propret », un Gibus 2.0 abritant des « punks d’élevage », où l’on boit de la Kro à 8 euros dans des verres en plastique… « Saloperie de bistrot qui fait payer 50 centimes un besoin naturel ! » Joblard ne fait l’impasse ni sur ses tourments gastriques, ni sur ceux de son palpitant, offrant de belles envolées drapées de pudeur sur les mirages de l’amour qui ne savent, hélas, pas toujours tenir la dragée haute à l’ivresse de l’alcool.

Cette plume acérée, d’une lucidité désespérée mais électrisante, c’est à Jean-Marc Royon qu’on la doit.

Seul en scène, l’œil perçant et le verbe haut, il campe ce Joblard déshérité, nous embarque dans sa dérisoire épopée, truffée de panache et de saillies percutantes. Ses sales blagues, sa gouaille récalcitrante, son élégante pugnacité face aux sursauts avortés de dignité, tiennent en haleine puis nouent la gorge. Intacte est la verve de celui qui nous avait ravis dans le duo Mazout et Neutron, succès du théâtre de rue dans les années 2000.

Un fieffé monologue qui rend hommage aux vertus du texte porté hors les murs, mais saura aussi trouver refuge dans l’intimité d’une salle noire.

J. Bordenave.

« Cette plume acérée, d’une lucidité désespérée mais électrisante, c’est à Jean-Marc Royon qu’on la doit. »

causette57

Causette #57

Janvier 2015

Polar. C’est du BRUTAL.

Nous vous avions présenté l’auteur Jean-Marc Royon dans Causette #51. Joblard, son antihéros alcoolo est de retour dans son nouveau roman L’Hygiène de la vermine. Cette fois encore, pas moyen de picoler tranquille. Notre pauvre Joblard, accusé d’occire les clodos du quartier République va devoir s’arracher du zinc pour mener l’enquête et prouver son innocence. Son pote grand Max titubant à ses basques, le voici parti à travers Paris dans une nouvelle aventure anarcosocialomarxiste, tel un Robin des bois au rabais, minable et héroïque. Ca pue, c’est crade, c’est cru. Et le pire, c’est que c’est drôle.

 

Causette #51

Décembre 2014

ROYON SANS CONCESSION

« Joblard, t’es le meilleur! », du comédien Jean-Marc Royon, est sarcastique, palpitant et savoureux. La devise de l’auteur situe bien l’enjeu de ce premier roman : « Ou vivre de ma plume ou me la mettre dans le cul! »

En attendant de trouver le courage de se jeter dans le canal de l’Ourcq, Joblard compte la ferraille qui lui reste. De quoi se payer un demi qui lui causera quelques ennuis. Et nous voilà embarqués avec lui, poursuivis pas la police et la mafia russe, de bars en déboires. Dans son premier roman, Joblard, t’es le meilleur!, Jean-Marc Royon balade son héros la nuit dans Paris, qu’il adore depuis toujours. « Coup de bol, ma grand-mère était boniche dans le XVIe », nous confie-t-il. Son premier souvenir de Paris, ce sont donc ses visites à « Mémé Maria », « si c’est pas un prénom de boniche ! ». « Quand t’es un p’tit banlieusard, Paris est une promesse, un manège, un mirage. C’est comme si y avait une fête et que t’étais pas invité ». Et Royon nous y invite. Il respecte tous les codes du roman noir, mais c’est une histoire d’amour qui se joue là, rythmée par les arrêts au zinc et une gouaille désuète de vieux Parigot. Il aime l’argot, et en abuse brillamment. Il aime « ce truc populaire, marrant, inventif, vivant. L’argot, c’est magique, c’est clanique. Sois tu fais partie de la bande, sois t’en fais pas partie ». Sa langue est si vivante qu’on croirait l’entendre, et pour cause : Royon vient du théâtre du rue, ou plutôt du « Théâtre de caniveau ». Pendant huit ans, il joua Mazout et Neutron, spectacle drôle et violent qui marqua quelques jeunes auteurs. On le croise aussi au côté de Didier Super ou encore sur scène avec Têtes Raides pour le collectif La Coterie.

Dans son polar, Royon nous parle des rues de Belleville, de ses bars, de ses losers pas toujours magnifiques. Joblard est un poivrot, mais il parle bien et il le sait. Parfois, il en fait trop et s’en excuse, pas méchant au fond. Comme l’auteur, il est simplement sans concession. La devise de Royon : « Ou vivre de ma plume ou me la mettre dans le cul !  »
Mais n’allez pas croire que cet auteur est vulgaire, c’est au contraire un amoureux des mots : « La langue, c’est à peu près tout ce qui nous reste. J’ai toujours aimé être surpris par le langage. Les premiers qui m’ont fait marrer, c’est Renaud et Coluche. C’est pas comme on nous dit « sujet-verbe-complément » ; le langage, c’est un terrain de jeu magnifique. C’est notre richesse commune : quand on n’a rien, on peut toujours ouvrir sa gueule. »

Et de conclure : « Oh putain, je deviens bon, là, je vais me resservir un coup. »

C. Besse

« N’allez pas croire que cet auteur est vulgaire, c’est au contraire un amoureux des mots »