Théâtre(s)

Automne 2017

Etienne Joblard, c’est le genre d’individu qui croit encore pouvoir trouver les Pages jaunes du bottin dans les vieux bistrots, à l’ère du tout numérique. En somme, à persister dans ses illusions, fussent-elles insensées. Comme celle de se mettre en quête de La Chôse, son amour perdu, dans les ruelles de Paris une nuit durant. Or son ex, c’est du style à poser pour des photos de charme en espérant décrocher un rôle dans un grand film « pour percer dans le showbiz… comme un furoncle ». Entre méandres du métro Colonel Fabien, garde à vue et mafieux russes, cette course poursuite dans l’Est parisien s’achève en apothéose dans l’antre du « rock propret », un Gibus 2.0 abritant des « punks d’élevage », où l’on boit de la Kro à 8 euros dans des verres en plastique… « Saloperie de bistrot qui fait payer 50 centimes un besoin naturel ! » Joblard ne fait l’impasse ni sur ses tourments gastriques, ni sur ceux de son palpitant, offrant de belles envolées drapées de pudeur sur les mirages de l’amour qui ne savent, hélas, pas toujours tenir la dragée haute à l’ivresse de l’alcool.

Cette plume acérée, d’une lucidité désespérée mais électrisante, c’est à Jean-Marc Royon qu’on la doit.

Seul en scène, l’œil perçant et le verbe haut, il campe ce Joblard déshérité, nous embarque dans sa dérisoire épopée, truffée de panache et de saillies percutantes. Ses sales blagues, sa gouaille récalcitrante, son élégante pugnacité face aux sursauts avortés de dignité, tiennent en haleine puis nouent la gorge. Intacte est la verve de celui qui nous avait ravis dans le duo Mazout et Neutron, succès du théâtre de rue dans les années 2000.

Un fieffé monologue qui rend hommage aux vertus du texte porté hors les murs, mais saura aussi trouver refuge dans l’intimité d’une salle noire.

J. Bordenave.

« Cette plume acérée, d’une lucidité désespérée mais électrisante, c’est à Jean-Marc Royon qu’on la doit. »

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