Causette #51

Décembre 2014

ROYON SANS CONCESSION

« Joblard, t’es le meilleur! », du comédien Jean-Marc Royon, est sarcastique, palpitant et savoureux. La devise de l’auteur situe bien l’enjeu de ce premier roman : « Ou vivre de ma plume ou me la mettre dans le cul! »

En attendant de trouver le courage de se jeter dans le canal de l’Ourcq, Joblard compte la ferraille qui lui reste. De quoi se payer un demi qui lui causera quelques ennuis. Et nous voilà embarqués avec lui, poursuivis pas la police et la mafia russe, de bars en déboires. Dans son premier roman, Joblard, t’es le meilleur!, Jean-Marc Royon balade son héros la nuit dans Paris, qu’il adore depuis toujours. « Coup de bol, ma grand-mère était boniche dans le XVIe », nous confie-t-il. Son premier souvenir de Paris, ce sont donc ses visites à « Mémé Maria », « si c’est pas un prénom de boniche ! ». « Quand t’es un p’tit banlieusard, Paris est une promesse, un manège, un mirage. C’est comme si y avait une fête et que t’étais pas invité ». Et Royon nous y invite. Il respecte tous les codes du roman noir, mais c’est une histoire d’amour qui se joue là, rythmée par les arrêts au zinc et une gouaille désuète de vieux Parigot. Il aime l’argot, et en abuse brillamment. Il aime « ce truc populaire, marrant, inventif, vivant. L’argot, c’est magique, c’est clanique. Sois tu fais partie de la bande, sois t’en fais pas partie ». Sa langue est si vivante qu’on croirait l’entendre, et pour cause : Royon vient du théâtre du rue, ou plutôt du « Théâtre de caniveau ». Pendant huit ans, il joua Mazout et Neutron, spectacle drôle et violent qui marqua quelques jeunes auteurs. On le croise aussi au côté de Didier Super ou encore sur scène avec Têtes Raides pour le collectif La Coterie.

Dans son polar, Royon nous parle des rues de Belleville, de ses bars, de ses losers pas toujours magnifiques. Joblard est un poivrot, mais il parle bien et il le sait. Parfois, il en fait trop et s’en excuse, pas méchant au fond. Comme l’auteur, il est simplement sans concession. La devise de Royon : « Ou vivre de ma plume ou me la mettre dans le cul !  »
Mais n’allez pas croire que cet auteur est vulgaire, c’est au contraire un amoureux des mots : « La langue, c’est à peu près tout ce qui nous reste. J’ai toujours aimé être surpris par le langage. Les premiers qui m’ont fait marrer, c’est Renaud et Coluche. C’est pas comme on nous dit « sujet-verbe-complément » ; le langage, c’est un terrain de jeu magnifique. C’est notre richesse commune : quand on n’a rien, on peut toujours ouvrir sa gueule. »

Et de conclure : « Oh putain, je deviens bon, là, je vais me resservir un coup. »

C. Besse

« N’allez pas croire que cet auteur est vulgaire, c’est au contraire un amoureux des mots »

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